Luc Chatel, PFA : la France, une petite nation automobile en pleine évolution

À l’aube de la 7e édition des Rencontres du Pneu et de l’Innovation, le constat de Luc Chatel, président de la Plateforme Automobile (PFA), est sans appel : la France, autrefois grande nation automobile, doit désormais relever le défi d’une industrie en pleine mutation. Face à une conjoncture marquée par une chute des ventes, une crise d’identité technologique et une compétition internationale exacerbée, la filière française s’efforce de redéfinir sa stratégie. Retour sur les propos incisifs d’un leader engagé qui défend la nécessité d’une inflexion politique et industrielle déterminante pour préserver la souveraineté et l’avenir du secteur.

Luc Chatel et la crise profonde de la filière automobile française en 2025

Lors des rencontres du 3 juillet 2025, Luc Chatel a dressé un tableau préoccupant pour l’industrie française de l’automobile, soulignant une « perte de leadership inquiétante » qui conduit la France à se positionner aujourd’hui comme une petite nation automobile.

  • Perte de 40 000 emplois en cinq ans, avec un sombre pronostic de 75 000 suppressions supplémentaires d’ici 2035.
  • Une baisse significative des ventes, liée notamment à la complexité réglementaire et au changement abrupt vers l’électrique.
  • Des politiques industrielles désorientées qui freinent l’innovation et altèrent la compétitivité de marques emblématiques telles que Renault, Peugeot, Citroën ou encore DS Automobiles.

Cette crise touche aux fondaments mêmes du secteur, entre transition énergétique mal maîtrisée et désorganisation de la chaîne de valeur. Une complexité réglementaire croissante, avec des dispositifs de bonus modifiés 17 fois en cinq ans, déroute les consommateurs et fragilise la confiance. Le tout dans un contexte où des équipementiers vitaux comme Valeo, Faurecia ou encore le géant des pneumatiques Michelin doivent s’adapter à marche forcée.

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La nécessité d’une inflexion stratégique en Europe selon Luc Chatel

Face à cette situation critique, Luc Chatel plaide pour une transformation en profondeur de la politique industrielle européenne. Il propose un plan d’action solidement structuré autour de trois axes :

  1. Clarté réglementaire : appliquer sans décalage les recommandations du rapport Draghi pour éliminer les incertitudes qui paralysent le marché.
  2. Diversité technologique : sortir de la concentration excessive sur l’électrique en explorant des alternatives, technologiques ou de motorisation, afin de répondre aux attentes des consommateurs et préserver la chaîne de valeur.
  3. Modèle chinois réadapté : s’inspirer d’une politique industrielle proactive, soutenue par des investissements massifs et une attractivité renforcée, tout en conservant une identité européenne.

Le président de la PFA insiste : « Il faut dire aux Chinois que leur stratégie est tellement bonne que nous allons l’appliquer chez nous… mais à nos conditions ». L’appel au réveil est clair, d’autant que l’industrie européenne est menacée de disparition à l’instar d’autres filières historiques.

Les conséquences du choix unique de l’électrique sur la filière automobile française

La transition vers le véhicule électrique, si elle représente un avenir incontournable, a eu pour effet de fragiliser une chaîne de valeur autrefois parfaitement maîtrisée par le thermique. Le choix politique d’en faire la voie quasi exclusive a bouleversé la dynamique du marché :

  • Les consommateurs, perdus entre des dispositifs gouvernementaux mouvants, freinent leurs décisions d’achat.
  • Les industriels, y compris les constructeurs emblématiques tels que Bugatti et Alpine, sont confrontés à une transformation de leur savoir-faire.
  • Les équipementiers comme Valeo et Faurecia doivent réinventer leur positionnement sur des technologies en évolution rapide.

Cette situation génère une tension majeure et remet en cause la pérennité des entreprises, d’autant que d’autres acteurs mondiaux, notamment asiatiques, gagnent en poids et en influence.

Un appel à l’ensemble des acteurs industriels pour restaurer la souveraineté

Aux côtés de figures comme Pierre Gattaz, ancien président du Medef, Luc Chatel exhorte les industriels, distributeurs, équipementiers et pouvoirs publics à unir leurs forces. Restaurer la souveraineté industrielle européenne passe par :

  • Une mobilisation commune et coordonnée face aux défis technologiques et économiques.
  • Un soutien renforcé aux filières de production, de la conception jusqu’à la distribution.
  • L’adoption de stratégies d’investissement adaptées pour concurrencer les succès observés notamment chez les chinois et d’autres acteurs asiatiques.

Un enjeu majeur pour garantir un avenir ambitieux à la France et ses fleurons industriels dans un paysage automobile en mutation rapide, où les grands noms comme Renault, Peugeot et Citroën, ainsi que des équipementiers tels que Michelin et Valeo continuent de jouer un rôle clé.