Jean-Philippe Imparato tire la sonnette d’alarme sur la situation critique des véhicules utilitaires
Dans un contexte où le secteur du transport commercial traverse une crise sans précédent, Jean-Philippe Imparato, directeur pour l’Europe élargie du groupe Stellantis, exprime son inquiétude face à une situation critique qui menace l’industrie automobile et, plus spécifiquement, l’avenir des véhicules utilitaires. Son avertissement est sans appel : le risque d’un désastre imminent plane au-dessus des usines, en raison notamment des objectifs européens contraignants en matière d’émissions de CO2.
Au cœur de cette alerte, une problématique majeure : la réglementation CAFE impose des normes strictes que les véhicules utilitaires légers peinent à respecter, faute d’un marché électrique suffisamment mature. Cette donne oblige les constructeurs à vendre plus d’utilitaires zéro émission, une exigence qui ne rencontre pas l’adhésion des clients, et fait peser des menaces graves sur l’emploi dans les sites de production comme celui d’Hordain.
- L’industrie des véhicules utilitaires dépend désormais d’une électrification rapide, pourtant freinée par une demande faible.
- Les normes européennes exigent dès 2025 une moyenne d’émission de CO2 de 153,9 g/km, imposant la vente d’environ 17 % de VUL électriques.
- Stellantis enregistre seulement 9 % de VUL électriques dans son mix à fin juin 2025, exposant le groupe à une pénalité financière dépassant 2,6 milliards d’euros.
- Les risques de fermetures d’usines et de suppressions d’équipes menacent des milliers d’emplois en Europe, notamment dans des sites clés comme Hordain, Atessa ou Vigo.
Face à cette impasse, Jean-Philippe Imparato ne se contente pas d’souligner les problèmes : il propose aussi des solutions concrètes pour éviter que l’industrie automobile ne sombre dans la crise. Ses quatre propositions à l’attention des institutions européennes émergent comme un appel à une régulation plus souple et adaptée aux réalités du marché actuel.

Les propositions de Stellantis pour éviter un effondrement du marché des véhicules utilitaires
Pour sortir de cette crise dramatique, le patron de Stellantis Europe mise sur plusieurs axes stratégiques :
- Regroupement de la comptabilité CO2 : fusionner les calculs d’émissions des voitures particulières et des utilitaires pour permettre une meilleure compensation entre les segments.
- Accélération du renouvellement du parc automobile : remplacer massivement les véhicules anciens, qui représentent plus de la moitié du parc européen, par des modèles plus propres, même si ceux-ci ne sont pas exclusivement électriques.
- Introduction d’une approche cycle de vie et bonus CO2 : comptabiliser les émissions en tenant compte non seulement du pot d’échappement mais aussi du type de véhicule, avec un traitement avantageux pour les petites voitures plus économes.
- Création d’un cadre favorable à une production locale de petits véhicules électriques, capable d’apporter un soutien significatif au marché européen.
Ces solutions visent à rééquilibrer les contraintes réglementaires sans sacrifier la viabilité industrielle et les emplois. Elles trouvent un large écho auprès d’autres acteurs majeurs de l’industrie, dont Renault, Mercedes, Volkswagen ou encore Seat, qui partagent la même vision de l’urgence.
Un drame industriel se profile si l’Europe n’assouplit pas ses normes CO2
Le désaccord entre les politiques publiques et les réalités du terrain se cristallise autour d’un paradoxe : alors que la réglementation européenne souhaite accélérer l’électrification, le marché du VUL n’est pas prêt à absorber l’offre actuelle d’utilitaires électriques. En conséquence, la situation critique pourrait provoquer des problèmes logistiques majeurs et des urgences sectorielles douloureuses.
- Les véhicules thermiques continuent de représenter plus de 70 % du marché en 2030 selon les prévisions de Standard & Poor’s.
- Le refus des clients, notamment les petites entreprises, d’adopter les véhicules 100 % électriques ralentit l’électrification.
- La chute des ventes de VUL thermiques entraîne déjà la suppression d’équipes et menace la fermeture de sites européens comme Atessa en Italie ou Rüsselsheim en Allemagne.
- L’enjeu est d’autant plus crucial que ces usines produisent des véhicules pour de multiples marques, y compris Toyota et Iveco, stabilisant ainsi une part importante du marché européen.
L’expert n’hésite pas à parler de drame imminent si aucune réaction politique n’est engagée rapidement. Son cri d’alarme interpelle tout autant les décideurs politiques que les industriels.
Les conséquences pour l’industrie automobile et l’emploi en Europe
Un scénario dramatique se dessine pour l’ industrie automobile européenne :
- Pression financière intense liée aux amendes pouvant dépasser 2,6 milliards d’euros pour non-respect des normes CO2.
- Risque de suppression d’équipes dans des usines clés spécialisées en véhicule utilitaire, ce qui affaiblira la production et la compétitivité du groupe Stellantis.
- Incidence pour les employés, notamment les 2 600 salariés du site d’Hordain, qui pourraient perdre leurs emplois.
- Besoin urgent d’initiatives régionales et européennes pour soutenir ce secteur industriel vital, portée par des acteurs comme Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France.
Pour accompagner ces efforts, il devient indispensable que la Commission européenne et les États membres, dont la France, l’Italie et l’Allemagne, trouvent un terrain d’entente favorable à une régulation pragmatique, à l’image des demandes relayées sur l’adoucissement des normes CO2 en Europe.




